Architecte

L'architecte est le professionnel du bâtiment dont la fonction est de concevoir et de diriger la réalisation d'une œuvre d'architecture pour le compte d'un propriétaire qui peut être un particulier, une société ou une collectivité publique.


Catégories :

Métier - Métier en rapport avec l'art - Métier du bâtiment - Métier de l'ingénierie - Métier de la conception - Architecture - Droit de la construction

Définitions :

  • Personne diplômée dont la profession consiste à concevoir des édifices ainsi qu'à en diriger la construction; Personne qui conçoit ou élabore quelque chose (source : fr.wiktionary)
Architecte
Architect.png
Architecte sur une planche à dessin, 1893

Appellation (s) Architecte
Secteur (s) d'activité Bâtiment - Ingénierie
Compétences requises Architecture
Gestion de projets
Niveau de formation En France
Bac+6 (ancien cursus, DPLG)
Bac+5 (nouveau cursus + 1 an HMO)
Ecole d'architecture
Perspectives professionnelles
Professions voisines
Architecte d'un médaillon de Semur-en-Auxois relevé par Viollet-le-Duc

L'architecte est le professionnel du bâtiment dont la fonction est de concevoir et de diriger la réalisation d'une œuvre d'architecture pour le compte d'un propriétaire qui peut être un particulier, une société ou une collectivité publique.
Il peut être une personne physique ou personne morale (société d'architecture). Généralement, pour exercer cette profession il faut être diplômé d'une école d'architecture, couvert par une assurance professionnelle et inscrit au Registre professionnel des architectes du pays où se trouve la construction.

Les missions de l'architecte, nommées maîtrise d'œuvre, sont définies par un contrat d'architecte qui est passé préalablement avec le propriétaire et qui définit l'étendue de sa mission qui peut porter sur différentes sortes de projets : maison, bâtiment public, commercial ou industriel, lotissement, parc, réhabilitation, entretien, urbanisme, etc.

Architecte : un mot, un métier

Origine du mot

La première mention connue du mot architecte - αρχιτεκτων - apparaît au Ve siècle avant J. -C. dans le livre d'Hérodote, Histoires (3, 60) décrivant le tunnel de Samos : "l'architecte chargé de ce travail fut le Mégarien Eupalinos, fils de Naustrophos"[1].

Le mot se compose de αρχι -'archi', chef de - et de τεκτων -'tekton', charpentier.

Hérodote utilise ce mot pour le constructeur du pont de bateaux servant à franchir l'Hellespont en -513 (Histoires 4, 88)  : "Darius Ier fut particulièrement satisfait de ce pont de bateaux et récompensa richement son architecte, Mandroclès de Samos".
Pour Hérodote, le mot architecte donné à Eupalinos qui est un des "auteurs des trois plus grands ouvrages que possède la Grèce" ou à Mandroclès de Samos n'a pas pour lui le sens qu'il a pris actuellement, c'est plus un technicien de la construction ou un ingénieur.

Il est envisageable que ce mot ait été utilisé parce que les premiers temples étaient fabriqués en bois. C'est au VIIe siècle avant J. -C. que ce fait la transition entre construction en bois des temples vers la construction en maçonnerie[2]. Lorsque Pausanias visite l'Héraion d'Olympie au IIe siècle, il y voit toujours certaines colonnes en bois.

Le mot tekton apparaît chez Homère ou chez Sophocle où il sert à désigner un sculpteur.

Tous les premiers architectes de l'époque archaïque grecque ont laissé leur nom dans l'histoire par les prouesses techniques de leurs constructions. Le rôle de l'architecte dans un chantier grec était celui d'un conseiller technique auprès des personnes chargées par la cité ou les responsables des sanctuaires de suivre l'exécution des bâtiments conformément aux devis et d'assurer le paiement des travaux après leur réception par l'architecte. C'est à partir du IVe siècle avant J. -C. qu'ils exercent une activité indépendante avec des contrats définissant les bâtiments à construire présentés et votés par les assemblées des cités. Il existe aussi des architectes fonctionnaires œuvrant pour une administration de cité ou de sanctuaire[3].

Il est envisageable que dès les temps archaïques, le mot "architecton" sert à désigner celui qui commande les ouvriers.

On retrouve cette défintion dans "Le Politique" de Platon où on trouve en 259e :

L'étranger : C'est , au surplus, que quiconque est maître bâtisseur (αρχιτεκτων) ne fait pas personnellement office d'ouvrier maçon (ergaticos, εργατικός), mais est le maître qui commande à ces ouvriers (ergaton archon : εργατών άρχων) ".
Socrate le jeune : Oui
L'étranger : Et c'est , je pense, comme il apporte à l'œuvre la contribution d'une connaissance théorique, mais non celle d'opérations manuelles.
...
L'étranger :... il sied en vérité à ce dernier, une fois qu'il s'est prononcé, de ne pas se croire au bout; pas davantage de se tenir pour quitte, ..., mais au contraire de prescrire à chacun des ouvriers maçons la tâche qui précisément lui convient, jusqu'à ce qu'ils aient achevé de réaliser le travail qu'il a été prescrit d'exécuter[4].

Dans la Métaphysique, Aristote a opposé l'architecton au travailleur manuel (cheirotechnès, χειροτέχνης).
On voit aussi Aristote qualifier l'architecte de la cité de Milet et du Pirée, Hippodamos, de météorologos, étant donné qu'il essaie de recréer une cité reflétant dans son plan l'harmonie céleste. Hippodamos est aussi un penseur politique dont le livre II 1267b22-30 de La Politique d'Aristote fait une description de sa vision de la cité parfaite au Ve siècle avant J. -C[5].

Progressivement va apparaître une différentiation dans le mode gréco-romain entre architektôn et méchanikos, l'architecte et l'ingénieur.

Cette fonction d'architecte n'est pas propre à la cité grecque. Le plus ancien nom d'architecte qui est resté dans l'histoire est celui d'Imhotep, l'architecte du complexe funéraire de Saqqarah et le conseiller du pharaon Djéser, vers -2630 à -2611, de la IIIe dynastie égyptienne.
En Babylonie, aucun nom d'architecte n'est parvenu. La fonction de maçon existait et apparaît dans le Code d'Hammurabi[6] §228-230 rédigé par Hammourabi, sixième roi de la première dynastie amorrite et datant d'environ -1750.

Vitruve : De Architectura

L'architecton grec va passer directement au latin dès le IVe siècle avant J. -C. où on le retrouve dans les textes de Plaute au IIIe siècle avantJ. -C. au sens propre et figuré. L'architecton va devenir architector dans l'époque tardive, mot qui va donner architectura en suivant la même variation que sculptor-sculptura ou pictor-pictura.
La forme architectus apparaît aussi chez Plaute. Les deux formes "architector" et "architectus" s'utilisent dans le sens de "celui qui pose les fondations" au sens propre comme au sens figuré.
La forme architectus va donner une explication étymologique erronée du mot en rapprochant tectus de Tego, Tegere, Texi, Tectus conjugaisons du verbe "couvrir" et lui donnant le sens de personne qui exécute la couverture d'un bâtiment.

C'est un architecte et ingénieur d'Auguste, Vitruve, qui va donner le premier livre d'architecture : De Architectura. Ce n'est pas le premier livre d'architecture qui a été rédigé (on sait par Vitruve que certains architectes grecs ont écrit des ouvrages d'architecture), mais l'unique qui nous soit parvenu. On peut ajouter celui que Frontin alors curateur des eaux écrit sur les aqueducs de Rome : De Aquis urbis Romœ.

Dans l'introduction du chapitre I du Livre I, Vitruve définit ce qu'est pour lui l'architecture :

"L'Architecture est une science qui doit être accompagnée d'une grande diversité d'études et de connaissances par le moyen desquelles elle juge de l'ensemble des ouvrages des autres arts qui lui appartiennent. Cette science s'acquiert par la Pratique et par la Théorie : La Pratique consiste dans une application continuelle à l'exécution des desseins qu'on s'est proposé, suivant lesquels la forme convenable est donnée à la matière dont toutes sortes d'ouvrages se font. La Théorie explique et démontre la convenance des proportions que doivent avoir les choses qu'on veut fabriquer : cela fait que les Architectes qui ont essayé de parvenir à la perfection de leur art par l'unique exercice de la main, ne s'y sont guère avancés, quelque grand qu'ait été leur travail, non plus que ceux qui ont cru que l'unique connaissance des lettres et l'unique raisonnement les y pu conduire; car ils n'en ont jamais vu que l'ombre : mais ceux qui ont joint la Pratique à la Théorie ont été les seuls qui ont réussi dans leur entreprise, comme s'étant pourvus de tout ce qui est indispensable pour en venir à bout"[7].

Vitruve a voulu rédiger un traité complet sur l'architecture reconnue dans le champ large donné par les architectes grecs. En plus de l'architecture prise dans son domaine respectant les traditions, il a ajouté traitant de l'hydraulique urbaine, de l'astronomie et de la gnonomique et des engins de siège. Il n'est pas inutile de rappeler qu'il a été un technicien attaché à César et fut chargé par Octave d'assurer la maintenance du parc d'artillerie, qu'il a été certainement pris comme expert dans le Service des eaux de Rome selon Frontin et qu'il a construit la basilique de Fanum Fortunæ (Fano) dont il fait la description au livre V.

La compréhension du "De Architectura" n'est pas forcément simple car il y a peu de dessins permettant d'expliciter le texte. Vitruve a en effet choisi de s'adresser à un milieu cultivé et non aux architectes dont la corporation était peu reconnue à Rome.
C'est peut-être ce qui explique le choix de Vitruve et lorsqu'il fait référence à l'architecture grecque des IIIe et IIIe siècles avant J. -C. qui est pour lui l'aboutissement de l'architecture et traite d'une manière dépréciative l'usage de la brique et de l'opus cæmenticium (mortier) qui ont néenmoins été beaucoup utilisés par les architectes romains[8]. Pour rédiger son ouvrage, Vitruve a utilisé les écrits d'architectes grecs qui ont été perdus tels Hermogène, Hermodoros, Pythéos de Priène, ... ou de philosophes comme Aristoxène de Tarente sur l'harmonie musicale.
Les architectes romains sont "architectus", "machinator" (ingénieur) et "redemptor" (entrepreneur).

Peu d'architectes romains ont laissé leurs noms. Les architectes ne sont plus dans le monde romain que des "fabricator" (constructeur, technicien) au service des maîtres d'ouvrage, magistrats ou puissants, évergètes cherchant à laisser leurs noms à la postérité par la construction de monuments nécessaires à l'agrément de la ville romaine[9], [10]. On connaît Apollodore de Damas, l'architecte de Trajan qui lui a confié la construction de son forum, Robirius, celui de Domitien qui a dirigé les travaux du palais du Palatin.

Cependant le livre de Vitruve est un témoin essentiel de l'architecture grecque et romaine.

Malgré les troubles génèrées par les invasions du début du Ve siècle, on sait qu'il va être utilisé jusqu'à l'époque carolingienne. On ne peut pas affirmer que l'architecte de la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle, Eudes de Metz, connaissait l'œuvre de Vitruve, mais c'était certainement le cas de ceux qui surveillaient les travaux, comme Éginhard. En effet ce dernier cite Vitruve dans une lettre datant de 840. On a retrouvé des manuscrits de Vitruve dans les bibliothèques des abbayes de Reichenau, de Murbach, de Saint-Gall. Un manuscrit du IXe siècle se trouve à la Bibliothèque Humaniste de Sélestat. Il a la particularité de contenir des dessins de chapiteaux dont certains historiens ont rapproché le style aux chapiteaux réalisés à la porte monumentale de l'abbaye de Lorsch et les ont attribué à Eginhard[11]. Des époques carolingienne et romane sont restés une cinquantaine d'exemplaires du livre de Vitruve.
Au Xe siècle, après la fin des attaques contre l'empire carolingien des Vikings à l'ouest et au nord, des Sarrasins au Sud, de Hongrois à l'Est , la reprise des constructions autour de l'an Mil se fera sans oublier l'apport de l'Antiquité romaine. Ainsi la construction de l'abbatiale Saint-Michel à Hildesheim commandée par l'évêque Bernwald et édifiée sous la direction du prieur Gonderamnus entre 1010 et 1033. Certains historiens ont faits de l'évêque Bernwald l'architectus sapiens, concepteur de la totalité de l'édifice, et du prieur Gonderamnus, l'architectus cementarius, dirigeant le chantier de l'abbatiale. Cette proposition a été faite suite à la découverte d'une copie carolingienne du De Architectura (manuscrit Harleianus 2767) au British Museum de Londres signée à la dernière page par Gonderamnus. Il se trouve aussi dans le trésor de la cathédrale d'Hildesheim le Liber mathematicalis de l'évêque Bernwald, qui est une copie du De institutione arithmetica de Boèce. On peut supposer que ce livre a été consulté par Gonderamnus d'où viendrait la disposition de l'axe longitudinal de l'église suivant la série du tétraèdre développée à partir des nombres triangulaires.

L'œuvre de Vitruve est étudiée tout au long du Moyen Âge. Il a voulu montrer que l'architecture était un véritable "art libéral". C'est ce qu'il justifie dans le paragraphe qui suit dans le premier chapitre du livre 1 :

Dans l'Architecture comme en toute autre science, on remarque deux choses; celle qui est signifiée et celle qui signifie : la chose signifiée est celle dont on traite, et celle qui veut dire est la démonstration qu'on en donne par le raisonnement soutenu de la science. C'est pourquoi il est indispensable que l'Architecte connaisse l'une et l'autre idéalement. Ainsi il faut qu'il soit ingénieux et laborieux tout ensemble; car l'esprit sans le travail, ni le travail sans l'esprit, ne rendirent jamais aucun ouvrier parfait. Il doit par conséquent savoir écrire et dessinée, être instruit dans la géométrie, et n'être pas ignorant de l'optique, avoir appris l'arithmétique, et savoir énormément de l'histoire, avoir bien étudié la philosophie, avoir connaissance de la musique, et quelque teinture de la médecine, de la jurisprudence et de l'astrologie.

On trouve dans la bibliothèque de Valenciennes, une courte compilation du IXe siècle de citations du livre de Vitruve. On voit ainsi Vincent de Beauvais le cite beaucoup dans son encyclopédie Speculum maius en se servant principalement de la partie théorique sur l'hydrologie du De Architectura qui est utilisée dans le Speculum naturale. Cette volonté de recensement encyclopédique du savoir se rencontre dans plusieurs auteurs tout au long du Moyen Âge, à commencer par Isidore de Séville qui traite de l'architecture dans le livre 19 de Etymologiæ mais où il donne aussi une connotation religieuse à ce mot :

Architecti cæmentarii sunt qui disponunt in fundamentis. Vnde et Apostolus de semetipso : Quasi sapiens, inquit, architectus fundamentum posui. "Les architectes sont les maçons qui disposent les fondations. D'où la phrase de l'Apôtre sur lui-même : J'ai posé des fondations comme un savant architecte"[12].

La redécouverte moderne du manuscrit par Poggio Brocriolini et Censio Rustici date de 1416. La première édition imprimée illustrée est faite à Venise en 1511 par Fra Giovanni Giocondo. Il y a eu jusque là au moins trois éditions du "De Architectura libri decem" sans illustration au XVe siècle. L'édition de 1511 comporte des contresens qui semblent montrer une méconnaissance de l'architecture antique. Ces défauts ont été corrigés dans l'édition faite à Milan en 1521 par Cesare Cesariano.

Maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'œuvre au Moyen Âge

Article détaillé : Liste d'architectes du Moyen Âge.

Maître d'ouvrage

Le maître d'ouvrage est la personne (morale ou physique) pour laquelle un ouvrage doit être construit.
C'est celui qui définit le "programme" de l'ouvrage, précise les données qui s'imposent et ses exigences pour la conception et l'exécution de l'ouvrage.
Il doit par conséquent veiller :

et une fois qu'un accord sur la définition du projet mis en appel d'offres est trouvé et que son financement est assuré :

Cette définition actuelle du maître d'ouvrage était aussi valable au Moyen Âge, comme dans l'Antiquité. La différence principale vient des compétences scientifiques et techniques acquises et de la complexité des projets que les moyens techniques modernes ont permis de développer et qui ont obligé le maître d'ouvrage à se faire aider par des experts. Mais cette notion d'experts n'est pas nouvelle. A titre d'exemple, lorsque la produit de la cathédrale de Milan s'inquiète pour la résistance de certaines parties d'ouvrage, elle fait appel à des maîtres maçons allemands ou français. De tout temps, le maître d'ouvrage est allé chercher la compétence technique ou artistique à l'endroit où il savait qu'elle se trouvait.

Le Moyen Âge est un temps long. De 476 à 1453, si on prend les limites respectant les traditions, soit près de mille ans, l'Europe passe d'une période de rupture par disparition de l'empire romain d'Occident à une période d'expansion scientifique, technique et commerciale. La disparition des structures qui assuraient la stabilité de l'Empire romain a conduit à une diminution de la diffusion du savoir technique et scientifique. La richesse que permettait de créer le commerce a drastiquement diminué. Le pouvoir impérial c'est morcelé en de multiples seigneuries malgré les tentatives d'assurer la continuité de l'État par les dynasties mérovingœiennes et carolingiennes. C'est à partir de la fin du Xe siècle siècle que commence à se redévelopper des organisations qui vont assurer l'enrichissement progressif de l'Europe.

C'est sur cette base affaiblie qu'a dû se remettre en place un art de la construction.
Comme le fait remarquer Vitruve dans le premier chapitre de "De Architectura", l'art de construire suppose des savoirs scientifiques et des savoirs techniques. Dans le Haut Moyen Âge, les savoirs scientifiques se sont concentrés près des centres de pouvoirs religieux. Au Ve siècle et VIe siècle siècles, les évêques sont fréquemment des membres des anciennes familles sénatoriales ayant reçu une bonne instruction. Les cathédrales, les monastères vont jouer le rôle de conservatoire du savoir antique.
Il en résulte que jusqu'au Xe siècle le maître d'ouvrage semble avoir assuré la partie théorique du rôle l'architecte. La partie pratique est remplie par des ouvriers spécialisés. Les architectes, qui ne sont toujours désignés que comme maîtres maçons, ne commencent à être cités qu'au XIIIe siècle siècle. De la totalité "maître d'ouvrage - maître d'œuvre, architecte - ouvriers" il n'apparaît dans les textes jusqu'au XIIIe siècle que "maître d'ouvrage - ouvriers". On constate que le terme "architectus" est fréquemment donné au maître d'ouvrage dans cette première période.

C'est avec la construction des grandes cathédrales gothiques que se met en place la répartition des tâches entre maître d'ouvrage, architecte et ouvriers, eux-mêmes se répartissant entre les différents métiers et corporations.
La construction de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg met bien en évidence ce développement des compétences et de la répartition des tâches entre les différents intervenants du projet au cours de la durée de sa réalisation.
Les cathédrales ont été au Moyen Âge l'équivalent des grands projets actuels. Elles ont été des défis que les maîtres d'ouvrage se sont lancés et que leurs architectes, maîtres maçons et ouvriers ont réussi à relever. Les solutions trouvées ont permis de faire avancer les savoirs techniques. Cependant, il a fallu attendre le XVIIe siècle pour que commence à se mettre en place une approche scientifique de la résistance des matériaux et de la statique avec les travaux de Galilée.

Pour le commanditaire d'un ouvrage, la première difficulté de l'entreprise est d'en assurer le financement dans une époque qui ignorait l'emprunt et le prêt à intérêt, qui n'avait pas de budget prévisionnel et dont les entrées d'argent ne sont pas assurées. Après les subsides et les dons accumulés au départ de l'entreprise, il fallait essayer d'en garantir la permanence de ces entrées :

Malgré l'ensemble des efforts des commanditaires, ces ressources financières ont été généralement irrégulières et aléatoires ce qui a entraîné un avancement lent et irrégulier des chantiers avec de multiples changements en cours de construction.

Maître d'œuvre - Architecte

Jusqu'au XIIe siècle

Jusqu'au XIIe siècle siècle l'architecte maître d'œuvre d'un ouvrage est particulièrement rarement cité. Cela ne veut pas dire qu'il n'existait pas une personne en charge de la direction des travaux, mais les textes ne donnent pas leurs noms sauf à de très rares exceptions, comme à l'église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers. Seuls les noms des commanditaires, évêques, abbés, rois ou princes, sont cités. Pour l'historien Spiro Kostof, cette situation est dû à la perte de la reconnaissance de son statut spécifique. Pour Raymond Oursel, c'est la preuve d'"un parti délibéré d'indifférence" face à son œuvre[13]. On peut aussi remarquer que les récits sur les constructions sont rédigés par des clercs sur les vies des évêques, des abbés et des princes, s'intéressant plus à leur rendre hommage qu'à citer ceux qu'ils employaient.
C'est Gauzlin, abbé de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire), qui décide de construire une tour de pierre, qui sert actuellement de porche à l'abbatiale, en faisant venir des pierres du Nivernais.
C'est l'abbé Suger qui fait entreprendre la reconstruction de l'abbatiale de Saint-Denis en demandant de faire entrer le maximum de lumière dans le chœur de l'abbatiale et donne ses instructions pour sa construction.
Si les commanditaires sont importants dans la décision d'entreprendre la construction d'un ouvrage, on ne peut imaginer que cela ait été envisageable sans des maçons maîtrisant leur art. On voit naitre leur importance dans un texte écrit vers 1200 par le moine anglais Gervais relatant les travaux de reconstruction du chœur de la cathédrale de Cantorbéry par Guillaume de Sens à partir de 1174. C'est le premier texte médiéval décrivant le travail des maçons[14] :

"Il s'engagea à se procurer des pierres par delà les mers. Il construisit des appareils pour charger et décharger les bateaux, et pour transporter le ciment et les pierres. Il apporte les patrons pour tailler la pierre à ses gens qui étaient rassemblés, et sans perdre de temps, prépara d'autres pièces identiques".

C'est sur les chantiers que les maçons apprennent leur métier, dans les loges et dans les carrières pour la taille des pierres.

Villard de Honnecourt et le dessin d'architecture

Architecteur

Le mot apparaît en français dans un texte de Christine de Pisan parlant du roi Charles V dans le "Livre des fais et bonnes meurs du Sage Roy Charles V" qui fust sage artiste et se demostra vray architecteur et deviseur certain et prudent ordeneur, quand les belles fondations fist faire en maintes places, notables édifices beaulx et nobles tant d'églises que de chasteaulxet austres bastiments à Paris et ailleurs".
Charles V avait choisi comme architecte Raymond du Temple qui est en premier lieu mentionné comme maçon avant de devenir en 1364 son "maître de maçonnerie dans la Prévôté de Paris". Il apparaît dans les comptes sous le titre de maçon du roi ou maître maçon du roi ou maître de nos œuvres de maçonnerie. Dans un acte du 18 septembre 1388 du parlemnt de Paris il porte le titre de "maistre maçon des euvres du roy pour tout son royaume".
Le roi Charles V, le maître d'ouvrage, est l'architecteur, alors que l'homme de métier, le maître d'œuvre, Raymond du Temple, qui construit les bâtiments du roi est le maître maçon des œuvres du roi.

La profession d'architecte

La directive n°85/384 du Conseil des communautés européennes du 19 juin 1985 impose à l'ensemble des État membres de la communauté européenne des obligations en vue de la reconnaissance mutuelle des diplômes, certificats et autres titres du domaine de l'architecture et de l'exercice effectif du droit d'établissement.

Dans le cadre de l'harmonisation européenne de l'enseignement supérieur, l'enseignement a d'autre part été réformé. En effet, pour promouvoir une meilleure coopération entre les établissements d'enseignement supérieurs des différents pays européens, une harmonisation des diplômes était indispensable. Le 19 juin 1999, les représentants de 29 pays européens sont parvenus à un accord et ont signé la déclaration de Bologne qui va dans ce sens. Cette harmonisation s'appuie sur un dispositif de diplômes aisément identiques d'un pays à l'autre, donnant la possibilité d'une plus grande lisibilité des cursus offerts et une mobilité accrue des étudiants. Pour cela le dispositif mis en place se fonde sur trois niveaux de diplômes : La LIcence (bac + 3), le MAster (bac + 5), le DOctorat (bac + 8). Le nom de ce nouveau dispositif est LIMADO ; il est nommé aussi 3/5/8. Chaque année sera partagée en deux semestres au cours desquels les étudiants acquerront des crédits, les ECTS (european transfer system), dont l'addition leur donnera accès à un diplôme[15].

En France

La profession d'architecte est historiquement établie comme une profession libérale. Cependant certains architectes sont fonctionnaires, comme les architectes des bâtiments de France, les architectes voyers, ou vacataires de l'administration, comme les architectes-conseils du ministère chargé de l'équipement et du logement et exercent leurs fonctions dans les administrations centrales ou les Directions départementales de l'équipement, d'autres toujours sont salariés d'associations, comme les architectes-conseillers des "conseils d'architecture, d'urbanisme et d'environnement" (CAUE) qui n'exercent pas de missions de maîtrise d'œuvre mais de conseil. Ils ont vocation à exercer des missions : dans la mise en œuvre d'une politique des villes, des quartiers et de l'habitat ; le perfectionnement de la qualité architecturale et urbaine ; la promotion, la diffusion des savoirs - faire et l'innovation[16]. etc. D'autres interviennent comme architectes expert judiciaire, ou architecte expert d'assurance.

Il a été demandé à la France comme aux autres États membres de mettre en œuvre sur son territoire la directive n°85/384 du Conseil des communautés européennes du 19 juin 1985, par l'adoption de dispositions modifiant le droit interne dans le sens d'une ouverture aux ressortissants ainsi qu'aux diplômes provenant de ces autres États. D'autre part, les ressortissants communautaires ayant acquis un titre en dehors de l'Union européenne et reconnu par elle , peuvent, sous certaines conditions, exercer la profession d'architecte en France conformément aux dispositions de la directive 2001/19/CE du 14 mai 2001 relative à la reconnaissance des diplômes et qualifications professionnelles.

En Belgique

En Suisse

Au Canada

Les conditions de recours à un architecte en France

En France, la loi du 3 janvier 1977 sur l'architecture[17] réserve le port du titre d'architecte aux seuls membres de la profession. Elle a fixé les conditions d'intervention des architectes.

Le projet architectural mentionné ci-dessus définit par des plans et documents écrits, l'implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l'expression de leur volume mais aussi le choix des matériaux et des couleurs. Même si l'architecte n'assure pas la direction des travaux, le maître d'ouvrage doit le mettre en mesure dans des conditions fixées par le contrat, de s'assurer que les documents d'exécution et les ouvrages en cours de réalisation respectent les dispositions du projet architectural élaboré par ses soins. Si ces dispositions ne sont pas respectées, l'architecte en avertit le maître d'ouvrage.

Le recours à l'architecte n'est pas non plus obligatoire pour les travaux soumis au permis de construire ou à l'autorisation, qui concernent exclusivement l'aménagement et l'équipement des espaces intérieurs des constructions et des vitrines commerciales ou qui sont limités à des reprises n'entraînant pas de modifications visibles de l'extérieur.

Les différents types de missions de l'architecte

Le décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé définit en détail les différents types de missions de l'architecte

Comment travaille l'architecte ?

Le travail de l'architecte réalisant un bâtiment est précisé dans le contrat d'architecte qui décrit sa «mission». Celle-ci comprend tout ou partie des 3 phases successives suivantes :

  1. la conception ou la phase esquisse, comprend la création générale du bâtiment : forme, disposition, principe constructif. Elle se traduit par des dessins, des modèles informatiques ou des maquettes.
  2. la phase des études ou (Avant projet sommaire, après un Avant projet détaillé) qui comprend les calculs (fondations, etc. ), les études techniques (passage des conduites d'eau, disposition des ascenseurs, etc. ), l'optimisation de la consommation d'énergie, la durabilité, etc. Ces études sont souvent réalisées avec le concours d'ingénieurs spécialisés dans un domaine précis, l'architecte jouant dans ce cas le rôle de "chef d'orchestre. " Elles se traduisent par des nomenclatures techniques (désignés "les descriptifs") et des plans techniques qui sont des dessins particulièrement précis.
  3. la direction de l'exécution ou l'élaboration de dossier d'exécution, L'architecte organise un appel d'offre pour permettre aux entreprises de travaux d'établir des devis correspondants aux travaux tels que prévus par les descriptifs et les plans. Le client choisit les entreprises réalisatrices et passe un contrat avec chacune d'elles. Enfin, l'architecte dirigera le chantier et coordonnera l'intervention des entreprises réalisatrices de façon à ce que le bâtiment construit réponde aux attentes du client.

Variante : l'architecte bâtisseur. Ce dernier réalise la conception et les études techniques comme ci-dessus. Par contre il assure en plus la responsabilité globale (Contrat clé en main) de la réalisation du bâtiment en étant l'unique interlocuteur du client à qui il garantit - sous sa responsabilité - le prix final, le délai de réalisation et la satisfaction des besoins. Pour son client il est par conséquent "Contractant général" c'est-à-dire conception + études + travaux[19].

Le statut légal des architectes

En France

En France, le titre d'architecte est protégé par la loi du 3 janvier 1977, et toute personne qui veut exercer la profession d'architecte doit être inscrite à l'Ordre des architectes, respecter le Code de déontologie et acquitter une cotisation annuelle.

En Belgique

En Belgique, le titre d'architecte est protégé par la loi du 20 février 1939, et toute personne qui veut exercer la profession d'architecte doit être inscrite à l'Ordre des architectes, respecter le Code de déontologie, acquitter une cotisation annuelle et être assuré pour sa responsabilité civile.

Au Canada

Au Canada, pour pratiquer et porter le titre d'architecte, on doit être reconnu par un Ordre provincial. Pour ce faire, on doit actuellement être détenteur d'une maîtrise en architecture (M. Arch) dispensée par une école d'architecture reconnue et le plus souvent obtenue en 6 à 8 ans. Qui plus est , pour obtenir le droit de pratique, une période de stage auprès d'architectes enregistrés doit être complétée et des examens supplémentaires administrés par les ordres provinciaux doivent être réussis. Le titre d'architecte et le champ de compétence sont définis et protégés au niveau provincial. Chaque province dispose de sa propre législation visant à encadrer la profession d'architecte.

Québec

Au Québec, c'est la Loi sur les architectes qui s'applique. Cette loi fait de la profession d'architecte une profession à exercice exclusif. Seuls les membres de l'Ordre des architectes du Québec ont par conséquent le droit d'utiliser le titre d'architecte et de préparer les plans et devis d'architecture pour les travaux et les édifices[Lequel ?][Où ?][Quand ?] qui sont définis dans la Loi.

La Loi sur les architectes et le Code des professions sont complétés par les règlements de l'Ordre, parmi lesquels on retrouve le Code de déontologie qui décrit les règles de conduite de l'architecte envers le public, ses clients et la profession.

Formation

En France

De 5 ans. Depuis la réforme LIMADO les etudes se font en tronc commun de deux cycle "Licence" (3 ans) et "Master" (2 ans), l'étudiant obtient une licence d'architecture a Bac+3 et un "Diplome d'architecte" à Bac+5 qui vaut grade de "Master d'architecture". C'est le minimum pour pouvoir exercer la profession d'architecte comme salarié et avoir le droit de porter le titre. Pour ceux qui s'orientent vers l'exercice libéral, il faut toujours faire une année HMONP (Habilitation à la Maitrise d'Œuvre en son Nom Propre) au terme de la laquelle après présentation d'une soutenance il pourra s'établir et ouvrir une étude. Pour ceux qui veulent s'orienter vers l'enseignement, il y a une filière doctorale de 3ans qui délivre le "doctorat d'architecture"

D'autre part, il est désormais envisageable d'effectuer un double cursus Ingénieur architecte en 7 à 8 ans grâce au partenariat entre des écoles d'ingénieurs et des écoles d'architectures. [réf.  nécessaire]

Article détaillé : Études d'architecture en France.

Au Canada

De 4 à 5 ans plus 3 ans de stage?

En Suisse

De 4 à 8 ans

Voir aussi

Lien externe

Notes et références

  1. Universidad de Salamanca : Louis Callebat, "Architecte", histoire d'un mot, dans Histoire de l'architecte, Flammarion, Paris, 1988
  2. Jean Charbonneaux, Roland Martin, François Villard, Grèce archaïque, pp. 2-17, Galimard (collection "L'univers des formes"), Paris, 1968
  3. Roland Martin, Manuel d'architecture grecque. Tome I, pp. 172-176, Éditions A. et J Picard et C (ie) , Paris, 1965
  4. Platon, Œuvres complètes. Tome II, pp. 343, Bibliothèque de la Pléïade, Gallimard, Paris, 1950
  5. André Finet, Le code d'Hammurapi, Le Cerf, Paris, 1996 (ISBN 978-2204054775)
  6. Vitruve, Traduction, préface et commentaires de Claude Perrault, présentation d'Antoine Picon, Les dix livres d'architecture de Vitruve, Bibliothèque de l'Image, 1995 (ISBN 978-2909808260)
  7. Jean-Pierre Adam, La construction romaine. Matériaux et techniques, p. 79-81, 83, 139, 199, Éditions A. et J. Picard, Paris, 1984 (ISBN 2-7084-0104-1)
  8. André Pelletier, L'urbanisme romain sous l'Empire, Picard, Paris, 1982 (ISBN 2-7084-0068-1)
  9. L. Duret, J. -P. Néraudau, Urbanisme et métamorphose de la Rome antique, Société d'édition "Les Belles Lettres" (collection "réalia"), Paris, 1983 (ISBN 2-251-33801-2)
  10. Sous la direction de Roland Recht, Les bâtisseurs des cathédrales gothiques, pp. 362-363, Éditions Les musées de la ville de Strasbourg, Strasbourg, 1989 (ISBN 2-901833-01-2)
  11. Pierre du Colombier signale dans son ouvrage "Les chantiers des cathédrales" que cette phrase peut être rapprochée du texte de saint Paul : "Secundum gratiam Dei quæ data est ut sapiens architectus fundamentum posui, alius autem superædificat"
  12. Gérard Ringon, Histoire du métier d'architecte en France, pp. 18, Presses Universitaires de France (collection "Que sais-je ? n°3251), Paris, 1997 (ISBN 2-13-048417-4)
  13. Nicola Coldstream, Les artisans du Moyen Âge. Les maçons et sculpteurs, Brepols, 1992 (ISBN 2-503-50237-7)
  14. Lettre d'information ministère de la culture et de la communication, janvier 2004 p. 13
  15. Extrait de la circulaire du 9 mai 1989 du ministère chargé de l'équipement, relative au rôle ainsi qu'aux missions des Architectes-Conseils.
  16. Loi n°77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture (Légifrance).
  17. Décret n°77-190 du 3 mars 1977 relatif aux dispenses de recours à un architecte prévues à l'article 4 de la loi 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture
  18. Plus d'informations sur le site de la Fédération des Architectes Contractants Généraux ou sur le site des Architectes bâtisseurs Grand Sud


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